Deux grands types de méthodes existent pour évaluer des actions publiques. Elles peuvent être schématiquement caractérisées de la façon suivante. Les méthodes quantitatives, issues de la statistique et de l'économétrie, s'intéressent à l'efficacité des politiques publiques pour répondre aux questions suivantes : quels sont les impacts des politiques publiques? La politique évaluée permet-elle d'atteindre les objectifs qui lui sont assignés par les pouvoirs publics ? Elles s'appuient sur l'exploitation de données relatives à de grands échantillons d'individus, par exemple des tests standardisés et numérisés. Les méthodes qualitatives, très utilisées en sociologie, s'intéressent au fonctionnement des politiques publiques et tentent de répondre à la question suivante : comment le dispositif évalué produit-il ces effets ? Quelle est la perception par les personnes concernées de la conduite de ces politiques et de leurs effets ? Elles reposent sur des enquêtes approfondies auprès d'un nombre réduit d'acteurs. Les deux approches requièrent des précautions méthodologiques, qui assurent leur crédibilité et leur transparence. - La méthode considérée comme la plus fiable des évaluations quantitatives est celle des « expériences aléatoires » (randomized experiments), c’est-à-dire une expérimentation avant la généralisation d’une politique. Il s’agit de constituer au hasard deux groupes d’individus, un groupe de personnes « traitées » par cette politique expérimentale (le groupe de traitement), et un groupe d’individus non concernés (le groupe de contrôle). Il est alors possible, une fois que la mesure testée a produit ses effets, de comparer directement les variables d'intérêt (les « revenus ») de ces deux groupes de personnes pour en mesurer les impacts. Ceci implique d’avoir des échantillons d’une importance telle que la diversité de la population soit représentée. Ces expériences présentent un certain nombre d’inconvénients tenant à leur coût ou la lourdeur des dispositifs de suivi à mettre en œuvre. Lorsqu’ils ne peuvent y recourir, les évaluateurs se tournent vers des méthodes d’estimation issues de l’économétrie. Celles-ci tentent de reconstituer ex post le cadre de l’expérience en identifiant un groupe de traitement et un groupe de contrôle grâce à des données « observationnelles » (par opposition aux données issues de protocoles expérimentaux qui sont constituées in vivo). Cette méthode mobilise les résultats du système statistique public, issus d’enquêtes (dont les données ne concernent que quelques milliers d’individus au plus) et de bases de données administratives (c’est-à-dire des données exhaustives qui peuvent concerner des millions d’individus). Le travail de l'évaluateur consiste alors à appliquer à ces données les méthodes les plus couramment utilisées en économétrie pour mesurer des effets de causalité entre application d’une mesure et les modifications des variables caractérisant une population. - Les évaluations qualitatives s'appuient sur un corpus de méthodes issues des sciences sociales, qui comprend des entretiens semi-directifs ou ouverts, collectifs ou individuels, des sondages sur des échantillons d'individus. L'évaluateur peut recourir à une enquête par immersion dans les structures et auprès des populations concernées: pour une politique éducative, par exemple, observer en temps réel dans un établissement les interactions entre les enseignants et les élèves qui expérimentent un nouveau dispositif. L’appréciation évaluative finale est parfois arrêtée grâce à l’association des « parties prenantes » de la politique considérée (acteurs administratifs, représentants des populations concernées) à la communauté des chercheurs ayant participé à l’évaluation, pour tenter de dégager un consensus. Qu'elles soient de nature quantitative ou qualitative, les méthodes de l'évaluation sont complémentaires.